ARZAK L'ARPENTEUR

MOEBIUS

Bande dessinée

Moebius/Glénat, 2010, 78 pages, 18 €

:) :) :) :) VOL DE CROISIERE - critique complète

Couverture
Couverture du livre: ARZAK L'ARPENTEUR

Quelle superbe surprise que cette sortie BD. Après quelques recherches d’usage sur le net, on sait que ceci est d’abord paru aux éditions Stardom en 2009 sous le titre Arzak : Destination Tassili avec les textes en annotations à côté des cases. Dans cette nouvelle version, les textes regagnent leurs traditionnels phylactères.

Mais, c’est quoi Arzak ? A l’origine, ce sont des planches énigmatiques mais fascinantes parues entre 1975 et 1976 dans le légendaire mensuel Métal Hurlant. Pas de textes, mais un dessin résolument novateur, aussi intrigant qu’indiscutablement poétique et décalé. Inoubliable tandem que celui formé par Arzach et son étrange ptérodactyle, se déplaçant à la surface de paysages étranges, souvent désertiques, toujours incompréhensibles. Un des grands repères de la SF graphique des seventies. Moebius s’amusera aussi à faire apparaître son personnage dans une autre série intitulée  Le garage hermétique, elle aussi visible dans le mensuel précité, hantée par un personnage surréaliste et haut en couleurs : le major Grubert.

Jean Giraud reprend tous les ingrédients plus de trois décennies plus tard, excepté le garage – du moins de manière explicite – et nous propose une ouverture de trilogie d’un niveau étourdissant. Tout ce que l’on aime chez cet auteur contribue à la construction d’un récit improbable, un brin foutraque et d’une inventivité jubilatoire. Trois récits convergent doucement l’un vers l’autre. Primo, une courte introduction nous permet de faire connaissance avec des rituels anciens et le passé séculaire de la planète Tassili. Deusio,  on assiste à l’arraisonnement d’un vaisseau spatial par des Wergs (les natifs de la planète Tassili) très remontés contre les humains et bien décidés à leur faire passer le goût du pain (ou, du moins, ce qui en tient lieu dans cet univers). Sur la planète Tassili, justement, Arzark, juché sur le dos de son étrange volatile, survole inlassablement des contrées infinies et souvent monotones à la recherche de l’anomalie. Et il va en découvrir, évidemment, sous la forme de braconniers d’un genre peu ragoûtant. Son périple le mène alors à son port d’attache,  Redmond, étrange cité perdue au milieu de nulle part. Là, la confrontation de personnages pittoresques donne son véritable élan au récit … avant de nous donner rendez-vous pour un deuxième tome. L’attente sera terrible !

Le graphisme est somptueux, comme toujours. On peut rester de longues minutes à contempler ces paysages désertiques et minéraux, balisés par des horizons lointains faits de montagnes imposantes. On s’étonne encore des faunes et flores étranges – les fouines des sables,  les herbes tueuses, par exemple -, de la nature du ptérodelphe ou de quelques technologies vraiment bluffantes.  Ajoutez à cela une galerie de personnages franchement zarbis, une mystérieuse tour et un jeune prince insouciant. Le cocktail est détonnant. On remarque aussi des détails amusants comme, par exemple, certains éléments vestimentaires de l’Arpenteur : décidemment, ces bottes et ces amulettes sont des réminiscences du Lieutenant Blueberry ou je n’y connais rien. Tout comme Redmont a ce petit côté Star Wars indéfinissable … Riche, incontestablement riche.

Et comme si cela ne suffisait pas, nous avons droit en fin de volume au Journal de L’Arpenteur, 16 pages de planches diverses issues de l’univers de Tassili, toutes plus belles les unes que les autres. Plus deux textes de Moebius lui-même, une courte biographie et une bibliographie sommaire. L’ensemble BD plus pages bonus est tout simplement merveilleux. C’est déjà un chef-d’œuvre intemporel. 

Alain Quaniers

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