ALEX
LEMAITRE, Pierre
Policier & Thriller
Albin Michel, 2011, 392 pages, 19.9 €
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Mine de rien, quelques auteurs français sont en train d’assurer dans le domaine du roman policier et particulièrement du thriller : le retour en force de Maxime Chattam, les apparitions régulières du couple Camut et Hug, le lugubre Franck Thilliez,… Pierre Lemaître, lui, en est à son quatrième roman. Après le très remarqué « Robe de marié », on a craint le pire avec « Cadres noirs » et son histoire moins décoiffante (le livre aura quand même décroché le prix du polar européen en 2010) : « Alex » vient prouver d’éclatante façon que non seulement l’Homme sait diablement y faire mais qu’il progresse, affine son art. L’alliance d’une écriture à vocation populaire (phrases courtes, vocabulaire épuré et direct, syntaxe qui déborde parfois de simplisme) avec un sens du suspens, de la recherche psychologique et du glauque intégral font de ce nouveau récit le meilleur de Lemaître à ce jour. Alex est une fille sexy, qui se plaît d’allumer les hommes pour ensuite décevoir leurs attentes. Une lionne aguicheuse lâchée dans un monde de machos. Elle aime brouiller les pistes, changer d’identité au gré de ses rencontres, jouer au chat et à la souris avec ses victimes qu’elle picore çà et là. Serait-ce le fait d’un candidat amoureux éconduit ? : Alex se fait enlever à même une rue sombre et disparaît totalement. La police suit quelques pistes évasives mais doit se rendre à l’évidence : la jeune femme reste introuvable. Pour le Commandant Camille Verhoeven, qui a bien du mal à surpasser l’épreuve du décès de son épouse, l’enquête doit lui permettre de se remettre en selle, de retrouver confiance et goût de vivre. A force de réflexion et de déduction, il échafaude des théories et voudrait agir selon un modus operandi que n’accepte pas sa hiérarchie… Quand, enfin, le voile se lève sur le mystère de la disparition d’Alex, c’est pour constater qu’elle est parvenue à s’enfuir, toute seule. Elle était séquestrée dans une sorte de cage suspendue, dans un hangar anonyme. Des traces de sang, des excréments, des croquettes pour chien et quelques rats éventrés témoignent encore des conditions de survie que son ravisseur lui a imposées. Mais l’évadée ne réapparaît pas pour autant en public. Elle semble plutôt suivre un itinéraire précis, en usant de nouveau de subterfuges physiques, pour exercer une vengeance rédemptrice. Car plusieurs meurtres atroces jalonne sa piste : des hommes sont mutilés, leurs chairs fondus par de l’acide sulfurique. Quels liens unissent ces victimes ? Sont-elles des proies choisies totalement au hasard ou bien ont-elles toutes, un jour où l’autre, influés sur la vie de la demoiselle en fuite ? Les conjectures se complexifient à nouveau lorsqu’une femme subit le même sort et qu’Alex est retrouvée, enfin, mais morte, dans une sordide chambre d’hôtel. Alors qu’un rapide examen des lieux mène d’abord le Commandant Verhoeven sur la conviction d’un suicide, le frère d’Alex fait bientôt figure de suspect numéro 1. Reste à savoir pourquoi cet individu taiseux et arrogant s’est résolu à commettre le pire. Commence alors, au fil des interrogatoires, un récit scabreux, pervers, une véritable descente aux enfers jusqu’à une série de révélations finales que l’esprit le plus tordu parmi les lecteurs de ce livre ne pourraient pleinement supputer… Pierre Lemaître est diabolique. Sa plume est sulfureuse. Son dernier roman est à l’image de son héroïne : vénéneux et impitoyable (EA) |
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