CE QUE SAVENT LES MORTS

LIPPMAN, Laura (Traduit par Grellier, F.)

Policier & Thriller

Points, 2010, 444 pages, 7.8 €

:) :) :) Impostures - critique complète

Couverture
Couverture du livre: CE QUE SAVENT LES MORTS

Baltimore, 1975 - Veille de Pâques : Sunny et Heather Bethany, les deux adorables fillettes d’une famille en apparence unie, se rendent seules dans un centre commercial. Elles doivent y passer une partie de l’après-midi, entre cinéma, disques, fringues, jouets et sucreries. Elles vont s’y évaporer. Pendant quelque trente ans, aux yeux de tous ou presque, elle seront mortes toutes les deux.

Baltimore, années 2000 : après avoir provoqué un carambolage sur l’autoroute et pris la fuite, une quadragénaire échevelée est interpellée par la police. A l’officier qui lui lit ses droits, elle annonce tout de go qu’elle est Heather Bethany, la cadette des sœurs enlevées plus d’un quart de siècle auparavant.  

Imposture et culpabilité sont les deux ressorts dramatiques majeurs de ce roman aussi dérangeant que passionnant. La première n’est qu’une manière d’aborder le thème de l’identité. Et d’identité(s), il en sera beaucoup question tout au long de ces 445 pages où se déploie une intrigue brillamment tissée et complexe : identités dérobées aux morts (ceux-là mêmes qui savent), dénichées dans les registres d’état-civil et dans les coupures de presse archivées sur internet, puis modelées en fonction du contexte dans lequel on est amené à survivre. La culpabilité constitue l’autre pôle essentiel du récit. Rarement absente de la littérature policière américaine, elle joue même ici le rôle moteur, expliquant la passivité de la victime face à ses bourreaux et la cascade des identités empruntées.

Ce que savent les morts est un livre peuplé de fantômes : ceux des personnes décédées au cours des trente années d’énigme de l’ « Affaire Bethany » et qui en furent des protagonistes de premier ou de second plan ; ceux des petits enfants morts dont l’héroïne adopte successivement les noms ; ceux, enfin, des acteurs ou témoins du drame, toujours vivants certes, mais dont toute flamme au fond d’eux-mêmes a été noyée par le ressac infini d’un drame qui tarde à trouver sa conclusion.

Je ne suis pas sorti indemne de la lecture de Ce que savent les morts. Longtemps après avoir refermé le livre, l’image d’une petite fille aux couettes bien sages et de sa sœur, jeune adolescente candide, m’a poursuivi – écho, peut-être, d’autres affaires, bien réelles celles-là.

Mais n’est-ce pas là le pouvoir de suggestion de toute fiction, surtout lorsqu’elle puise intelligemment dans la psyché de personnes ordinaires plongées dans l’horreur absolue ?

Yves Rogister

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