DANS L'OMBRE DE LA VILLE

CONAN, James (Traduit par Morand, H.)

Policier & Thriller

Presses de la Cité (Paris), 2010, 523 pages, 22 €

:) "Bulldozer" au féminin? Emily Strauss! - critique complète

Couverture
Couverture du livre: DANS L'OMBRE DE LA VILLE

1893, année de l’Exposition universelle à Chicago. La ville a dû batailler ferme pour l’avoir en son sein. Ainsi, la mairie a préféré minimiser les meurtres, disparitions inquiétantes et autres actes criminels qui la minent. Mais tout le monde là-bas le sait, Chicago n’est guère fréquentable, surtout pour les jeunes femmes. Beaucoup disparaissent sans laisser de traces. Comble du comble, ce phénomène s’est accentué durant l’Exposition !

Voulant mettre en garde ses contemporains, Janko Zemeckis, un modeste boulanger letton de New York, écrit au magnat de la presse Joseph Pulitzer. Sa fille, Anna, qu’il avait envoyé à Chicago dans la famille, a disparu 5 semaines auparavant. Sans que rien n’explique ce qui s’est passé durant ce laps de temps, la jeune fille vient d’être tuée dans un accident de la circulation en ville.

La lettre en question entre fortuitement en possession d’Emily Strauss, jeune femme audacieuse, voulant faire ses preuves dans le journalisme. Pulitzer accepte l’histoire d’Anna Zemeckis pour sujet d’article, et envoie Emily à Chicago à l’essai.

Chicago ! Côté face nous avons l’Old America Association, un organisme rassemblant des Américains bien-pensants (et surtout fortunés) aux intentions puristes. Côté pile se trouve une guilde de maîtres bouchers des plus louches, les Meisters. Et ce n’est pas que sur les carcasses animales qu’ils exercent avec brio le couteau ! Ils servent également de gros bras dans un trafic florissant, celui de la « photo artistique », comprenez pornographique.

Anna Zemeckis, une jeune fille innocente étroitement surveillée par son père, aurait-elle eu quoi que ce soit à voir avec ces gens ?

James Conan est un pseudonyme rassemblant une traductrice et historienne de renom, Helen Rappaport, et un auteur connu en Grande-Bretagne, William Horwood. Leur première collaboration, « Dans l’ombre de la ville », est intelligemment construite : Le livre débute par le sauvetage d’une jeune femme amnésique tombée dans le fleuve. Celle-ci ne tardera pas à se rappeler être Anna Zemeckis, et devant à tout prix s’échapper de l’asile où elle a été emmenée. De retour en ville, elle n’imagine pas un seul instant que l’on puisse la rechercher pour d’autres motifs que sa fuite de l’établissement psychiatrique. Elle est pourtant être la femme à abattre, à faire taire à jamais… La mise en parallèle de son histoire avec l’enquête d’Emily a de quoi émoustiller le lecteur : Anna serait-elle donc bien vivante, ou son périple a-t-il eu lieu avant l’arrivée d’Emily à Chicago ? Les différentes parties du livre sont datées, qui sait si les auteurs  ne jouent pas au chat et à la souris avec nous?

Emily Strauss est un de ces personnages que l’on aimerait rencontrer à plusieurs reprises dans une collection telle que « Grands détectives » de 10/18 : intrépide et culottée, elle exerce un journalisme de terrain qui va la mener au cœur d’une intrigue qui risque de la dépasser complètement. De fait, d’autres journalistes – masculins – envoyés pour enquêter sur les Meisters n’en sont jamais revenus. Il est raisonnable de se dire qu’elle bénéficie de la part de ses créateurs littéraires de largesses et de coïncidences plutôt confortables. J’en veux pour exemple son incursion suicidaire dans un fleuve en crue en plein mois d’octobre, qui laisse sceptique. Le lecteur apprécierait également de sa part un peu plus d’humanité et d’épaisseur. D’elle, de son passé, nous ne savons rien. Il y a un peu du syndrome « Sœur Fidelma » en Emily Strauss, ce qui ne facilite pas l’identification. Elle paraît juste têtue et téméraire, et ne semble parfois se soucier d’Anna que comme témoin privilégié pour terminer son article, et non comme une jeune victime apeurée. Professionnelle, mais point empathique !

Le personnage de Johnny Leppard, employé d’hôtel, promu ou rétrogradé au rang de chasseur selon que l’auteur ait besoin de le faire sortir de l’hôtel ou pas, est un aidant bien pratique, que l’on retrouvera certainement dans un prochain récit, puisque Emily et lui sont envoyés dans la même ville à la fin.

Une héroïne prometteuse, donc, mais qu’il faudra enrichir quelque peu afin de la rendre plus sympathique !

Barbara Mazuin

Commentaires

Il n'y a aucun commentaire. Soyez le premier à ajouter un commentaire !

Poster un commentaire

Nom:
Adresse email:
Site web:
Combien font quatre plus cinq?
Poster