LA FACE CACHEE DES MIROIRS

FRADIER, Catherine

Policier & Thriller

Au diable Vauvert (Vauvert), 2011, 571 pages, 20 €

:) :) :) Les pavés se digèrent aussi - critique complète

Couverture
Couverture du livre: LA FACE CACHEE DES MIROIRS

Imaginez une choucroute ; une énaurme choucroute, avec le choux, les saucisses, le lard, le jambonneau, la graisse et tout le Saint-Tremblant. Si vous l’attaquez de front à la manière d’un Transport Routier avalant les kilomètres, il vous faudra une grue pour vous aider à sortir de table. Si, par contre, vous goûtez tant l’un, tantôt l’autre ingrédient, humez, regardez, avalez quelques gorgées d’un Moselle bien sec pour dégraisser, alors non seulement vous en sortirez léger et heureux, mais il se pourrait même bien que vous demandiez la carte des desserts.

Près de 600 pages, le nouveau roman de Catherine Fradier est un pavé dont on se demande comment on va en venir à bout. Je vous donne le truc : bien lire les deux premières pages du récit, elles fixent les conditions initiales, après quoi l’intrigue va vous laminer à la manière d’un rouleau compresseur. En substance : éléonore de Coursange, dite Léo, dirigeait il y a dix-huit mois l’Agence de Sécurité économique (ASE), mandatée par le Gouvernement français pour enquêter sur les pratiques d’Aristee, premier semencier mondial, une multinationale dont il s’avère qu’elle veut fabriquer et commercialiser une semence génétiquement modifiée qui produira des graines stériles, obligeant les agriculteurs du monde entier à racheter des semences chaque année. Cette même multinationale gravite dans le giron de l’Institut Européen d’Analyse et de Prospective dirigé par Jean-Charles Gerbod, également secrétaire du Renseignement général, dont l’objectif est de se servir d’Aristee comme d’une prétendue arme contre la faim, afin d’obtenir matières premières et pétrole auprès des pays producteurs, à n’importe quel prix, en ce comprises les libertés fondamentales des citoyens. L’Institut a pour se faire infiltré le politique, le renseignement, la presse, et même la science, dont elle obtient des rapports biaisés, favorables aux OGM. Léo va payer le prix fort de ses découvertes. Ses proches collaborateurs sont envoyés en prison sous de faux motifs et avec des preuves fabriquées de toute pièce par les agents de Gerbod, son père est mis au secret pour espionnage. Sans compter son mari, mort défenestré, sa fille, née d’une précédente histoire et qu’elle n’a plus revue depuis vingt-quatre ans, et sa mère, dont elle n’a jamais reçu une marque d’affection et qui est en train de mourir d’un cancer.

Dix-huit mois plus tard, Léo a créé le cabinet I3S (Intelligence Stratégie Sécurité Sûreté) sur les cendres de l’ASE, avec les deux seuls rescapés de l’ASE. Elle va reprendre le combat pour faire libérer ses ex-collègues, faire éclater la vérité, et neutraliser Gerbod. Tout cela dans un récit de longue haleine où apparaissent de nouveaux personnages et où les actions se déroulent sur des scènes parallèles, le tout finissant par converger vers un dénouement intense et douloureux. Heureusement, Catherine Fradier nous met dans les mains tout ce qui va nous permettre d’apprécier et digérer cette choucroute littéraire : la recette, c’est l’intrigue dont les multiples facettes finissent par s’agencer dans un final à bout de souffle ; le menu, c’est la possibilité de consulter un lexique des principaux protagonistes quand les choses se compliquent ; et le petit Moselle qui dégraisse, ce sont les chapitres très courts qui établissent un rythme et donnent envie d’aller aux suivants.

J’ai lu tout ça en trois jours, parole. Mon dessert, c’est ce compte-rendu que je viens de terminer. Satisfait, je m’en vais faire une petite sieste…

Christian Barbier

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