LES ENFANTS PERDUS DE L'EMPIRE
MORRIS, R.N. (Traduit par Cucchi, B.)
Policier & Thriller
10/18 (Paris), Grands Détectives, 2010, 506 pages, 9.4 €
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Dans le Saint-Pétersbourg de la fin du XIXème. siècle, des enfants des rues fréquentant une école du soir animée par des philanthropes disparaissent sans laisser de traces. Nul ne se s'inquiète pour ces quasi-esclaves qui peinent dans les usines bordant la Neva. Leur sort tragique est probable mais c'est un épiphénomène qui n’émeut guère que leur institutrice bénévole. Les choses en resteraient là si cette dernière n'était autre que la fille du puissant chef de la Troisième section, la police politique. Mais, pour l'heure, c'est l’assassinat de la belle Yéléna Filipovna, demi-courtisane issue de la haute société, intime, entre-autres, du Tsarévitch, le futur « Petit Père de toutes les Russies », qui donne du fil à retordre aux autorités. A y regarder de plus près, il se pourrait cependant que les deux affaires entretiennent plus de liens que l’on pourrait le penser. C’est le sentiment du juge Porphiri Pétrovitch, sommé par le Tsar lui-même de conclure rapidement et discrètement l’enquête sur l’assassinat de Yéléna Pétrovna mais par ailleurs saisi du dossier des enfants disparus. Crime passionnel, oeuvre d'un dément, manoeuvre politique ou manipulation des radicaux brûlant de déstabiliser l'Empire? La légendaire sagacité de Porphiri Pétrovitch ne sera pas superflue pour dévider cet écheveau. Disons-le d’emblée : ce roman est une réussite et, pour moi qui découvre avec lui R.N. Morris, c’est une heureuse surprise. R. N. Morris emprunte son héros, le fantasque Porphiri Pétrovitch, à Dostoïevski. Le magistrat est en effet un personnage de Crimes et Châtiments, celui-là même qui interroge et met en accusation l’étudiant Raskolnikov, coupable d’avoir trucidé son usurière de logeuse. Célèbre tout à la fois pour ses excentricités, sa tabagie et son art de la déduction, le juge d’instruction Pétrovitch est un vrai caractère littéraire russe : mélancolique et tourmenté. Son tandem avec le juge auxiliaire Virginski, aussi rationnel et déterminé de prime abord que son supérieur peut apparaître sentimental et velléitaire (en fait, aussi naïf et idéaliste que Porphiri Pétrovitch est retors et de sens rassis), ce tandem est le vrai moteur du roman. Drôle (franchement désopilant, parfois), émouvant (il évoque bien sûr une relation filiale), il fait progresser l’intrigue grâce à une sorte de dialectique : Virginski émet des hypothèses qui, reformulées par Pétrovitch, permettent aux deux enquêteurs de se rapprocher de la vérité. De ce point de vue, le couple Pétrovitch-Virginski pourrait bien trouver sa place au panthéon des duos policiers, aux côtés des Sherlock Holmes/Dr. Watson ou Hercule Poirot/Capitaine Hastings. Les enfants perdus de l’Empire, troisième volet des enquêtes de Porphiri Pétrovitch, est un roman de facture classique, tant sur le plan de l’intrigue que sur celui du style. Il n’en est pas moins passionnant. |
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