LES LOUVETIERS DU ROI
BRUSSOLO, Serge
Policier & Thriller
Plon, 2010, 288 pages, 19 €
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Enfin ! Après septante-deux ans d’un règne impitoyable, Louis XIV a condescendu à passer de vie à trépas, au grand soulagement de ses sujets, las des guerres dans lesquelles il a plongé le royaume mais aussi du puritanisme et de l’ennui imposés au pays sous l’influence de sa dernière maîtresse, Madame de Maintenon. En raison de la minorité du Dauphin, le futur Louis XV, c’est le Régent, Philippe d’Orléans, qui dirige la France. Avec lui, débauche et occultisme règnent à la cour. Alors que galants et galantes copulent joyeusement dans les salons, les beaux esprits en mal de sensations fortes célèbrent des messes noires et invoquent le diable. Pendant ce temps, le pays continue à s’enfoncer dans la faillite et le peuple à crier famine. La petite noblesse elle-même est ruinée, comme l’illustre le sort de ces jeunes filles de bonnes familles sans le sou, contraintes de choisir entre le couvent, la prostitution ou le mariage avec de vieux et riches barbons. C’est à ces malheureuses que Frédéric Lemât, peintre talentueux et tueur à gages diligent, offre ses services, les débarrassant de leurs encombrants mais fortunés époux. C’est que Frédéric, fils d’un artisan de province bigot, inculte et brutal, est à la fois versé dans l’art du trompe l’œil et en chimie: deux spécialités qui lui permettent de peindre des tableaux plaisants mais toxiques et le recommandent ainsi à l’attention des belles désespérées en quête d’un viatique pour la liberté et le plaisir. N’était le risque de finir sur l’échafaud et d’y subir le supplice de la roue (moins expéditif que la pendaison et moins distingué que la décapitation), Frédéric se satisferait de cette existence qui, à défaut de gloire, lui procure l’aisance. A Paris, cependant, l’on ne parle désormais plus que d’Ikônos, un artiste mystérieux que l’on dit doté d'un don de double vue qui lui inspire des tableaux prophétiques. Ses œuvres dévoilent l’avenir individuel mais aussi, chuchote-t-on, celui du Royaume. Chez Frédéric, l’intérêt professionnel se mue en jalousie en même temps que l’on cherche à attenter à ses jours. Qui sont ces assassins qui en veulent à sa vie ? Agissent-ils sur ordre d’Ikônos ou appartiennent-ils à cette mystérieuse société secrète que l’on nomme les Louvetiers du Roi ? Ces derniers sont des tueurs fanatiques opposés tout à la fois au Régent, au dérèglement des mœurs et aux idées nouvelles que les philosophes commencent à répandre. Lancé sur les traces d’Ikônos, Frédéric, prédateur transformé en proie, se retrouve le protagoniste et la victime collatérale d’un complot dont l’enjeu est rien moins que la survie de la Monarchie. Les Louvetiers du Roi m’ont laissé un goût, à la fois de trop et de trop peu. Un goût de trop car, comme parfois, Brussolo gâche une bonne idée de départ (ici les tableaux prophétique) par une surabondance de rebondissements traités avec un maximum de détails sanglants, violents et sordides. A force d’être omniprésents, la férocité, le cynisme, la noirceur et la vilenie acquièrent un côté risible qui empêche de les prendre au sérieux. Un goût de trop peu car la cohérence de l’intrigue n’est pas au rendez-vous et le rythme vraiment inégal. Bref, je n'ai pas réussi à me passionner pour l'histoire même si cette dernière ne m'a pas rebuté. Avec Les Louvetiers du Roi, Brussolo ne signe donc pas un roman mémorable, même si on le lira sans ennui.
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