MORT D'UN CHINOIS A LA HAVANE

PADURA, Leonardo (Traduit par Solis, R.)

Policier & Thriller

Seuil, 2009, 96 pages, 5.5 €

:) Leonardo Padura, Mort d’un Chinois à La Havane, Editions Métailié (2001) et Points – Policier (2009), 97 pages – 5, 50 EUR. - critique complète

Le quartier chinois de La Havane n’est plus que l’ombre de ce qu’il fut. Haut lieu, avant l’arrivée des barbudos du Commandante Fidel, de la pègre internationale et paradis des amateurs de courtisanes exotiques et des joueurs flamboyants, il est désormais un chancre sordide et ultra-dangereux au cœur d’une ville elle-même misérable. Les gangsters d’antan, venus de Chicago ou de Brooklyn, tolérés et même courtisés par l’ancien régime, ont cédé la place aux triades. Les élégants casinos au décorum asiatique ont depuis longtemps été remplacés par des salles clandestines de mah-jong, les belles de nuit aux tuniques de soie par des tapineuses camées jusqu’aux yeux. Le tout sous l’œil de policiers dont la tâche prioritaire est, à l’instar de la plupart des Cubains, de trouver de quoi améliorer l’ordinaire des rations de riz et de fèves.

C’est dans un immeuble du quartier qu’un vieux Chinois solitaire et pauvre comme Job, est retrouvé pendu, amputé d’un doigt et la poitrine incisée d’un curieux symbole. Le Lieutenant de la Police criminelle Mario Condé croit avoir affaire à une exécution mafieuse, les sévices infligés au corps et le passé de la victime évoquant les triades, ces redoutables organisations criminelles qui prospèrent partout où la diaspora chinoise s’est installée. Mais « Le Condé », toujours aussi mélancolique et assoiffé de rhum, comprend bientôt que l’affaire est plus complexe qu’il n’y paraît.  

Pour résoudre une énigme à laquelle peu s’intéressent, Mario Condé va se plonger dans l’histoire de l’immigration chinoise à Cuba, sur les pas de milliers de paysans arrachés par la misère à leurs plantations de riz et qui pensaient erronément trouver un avenir meilleur dans la « perle des Antilles ».  Chemin faisant, il s’intéressera aux curieux liens tissés entre le vaudou et les récits mythologiques chinois. On sait que le premier est né du camouflage des rites africains sous des oripeaux chrétiens. Pour pouvoir continuer à vénérer leurs divinités ancestrales et déjouer la répression conjointe du pouvoir colonial et de son alliée, l’Eglise catholique, les esclaves yorubas n’eurent en effet d’autre choix que de les dissimuler sous les traits des saints du calendrier. Oggun devint ainsi Saint Pierre, Yemaha la Vierge Marie etc…Au fil du temps, ce qui était une stratégie de survie donna lieu à une religion originale, avec ses dieux et ses prêtres spécifiques. Mario Condé découvre qu’avec l’immigration chinoise, aux XIXème. et XXème. siècles, ce syncrétisme a intégré un nouvel ingrédient : les récits chinois et leur panthéon de héros plus ou moins positifs ou cruels. C’est là une curiosité ethnologique qui pimente la lecture !   

Et la  lecture du roman, soit-dit en passant, en a parfois bien besoin. Dans ce court récit (moins de cent pages), inspiré à l’auteur par un reportage dans le quartier chinois à l’époque où il travaillait pour Juventud Rebelde, le journal de l’organisation de la jeunesse communiste cubaine, Leonardo Padura ne parvient à retrouver ni le sens de l’intrigue ni le souffle qui, de L’Automne à Cuba à Les Brumes du Passé, animent ses autres romans.

Restent les ingrédients classiques des romans de Padura : critique (ici, discrète) du régime castriste, culte de l’amitié et, surtout, distance mélancolique face à un pays qui n’en finit pas de faire naufrage.

Enfin et surtout, Leonardo Padura restant un maître, y compris lorsque ses romans ont un goût de trop peu, je ne peux pas franchement déconseiller la lecture de cet épisode des aventures de Mario Condé.

 

Yves Rogister

Commentaires

Il n'y a aucun commentaire. Soyez le premier à ajouter un commentaire !

Poster un commentaire

Nom:
Adresse email:
Site web:
Combien font quatre plus cinq?
Poster