SILENCE RADIO
ROTENBERG, Robert (Traduit par Martinache, J.)
Policier & Thriller
Presses de la Cité (Paris), Sang d'encre, 2010, 401 pages, 21 €
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Gurdial Singh, retraité des Chemins de fer nationaux indiens, prenait plaisir à livrer les journaux dans un immeuble de Toronto depuis son arrivée au Canada quatre ans plus tôt. Et ce qu’il appréciait particulièrement, c’était sa petite discussion sur le pas de la porte de Kevin Brace, le dernier client de sa tournée matinale. Contrairement aux autres habitants de l’immeuble, Monsieur Brace était toujours levé de bonne heure, tout simplement parce que l’animateur radio le plus connu du Canada doit se rendre tôt au travail pour son émission. Mais ce matin-là, Monsieur Brace n’attendait pas Monsieur Singh devant chez lui. Singh, bien décidé à patienter, se vit ouvrit la porte quelques minutes plus tard par un Kevin Brace aux mains couvertes de sang, et déclarant de but en blanc « Je l’ai tuée ». Et ces paroles étaient les dernières prononcées par le présentateur. En effet, dès la découverte du cadavre de sa femme par Monsieur Singh, Kevin Brace s’enferma dans un mutisme profond, au grand dam des personnes chargées de l’enquête et de son procès… A priori, l’enquête semblait banale, sans intérêt, et lire un roman traitant du procès d’un tel crime pouvait vite s’avérer pénible. Mais de bien des façons, l’auteur, Robert Rotenberg, parvient à donner du piment à son histoire. Tout d’abord, il arrive à y mettre du rythme et à en faire un livre envoûtant. Pour ce faire, il se sert habilement de tous ses personnages. L’histoire n’est pas focalisée sur l’un deux, mais donne justement de l’importance à chacun. Les premiers chapitres servent d’introduction aux différents personnages qui entreront en jeu dans ce roman. Puis pendant tout le reste du récit, l’auteur passera d’un personnage à l’autre en fonction du chapitre en cours. Malgré ça, n’allez surtout pas penser que les personnages ne seront pas recherchés, il n’en est rien. Un chapitre se concentre donc sur un personnage et nous livre sa façon à lui de voir ou de contribuer à l’affaire. De cette façon, le lecteur apprécie d’autant plus de voir se profiler tous les recoupements entre les différents acteurs. De plus, grâce à ce style bien particulier, le lecteur s’attache à tous les personnages, aussi bien à l’avocate du prévenu, qu’au procureur chargé du procès, à l’inspecteur de police, et j’en passe. L’auteur permet ainsi au lecteur d’être plus « impartial » si on peut dire, et ça ajoute beaucoup de suspense au récit. Il n’y a pas un « héros » de l’histoire qui doit absolument réussir à l’issue du livre, mais il y en a plusieurs qui doivent chacun apporter leur pierre à l’édifice pour déceler le mystère qui se cache derrière la mort de la femme de Kevin Brace. Cette situation est d’autant plus intéressante qu’on se trouve en plein procès, un procès bien raconté grâce aux différentes facettes qui sont abordées : l’accusation, la défense, les témoins, les médias… Rien d’étonnant dès lors d’apprendre que l’auteur est issu du milieu, comme il est lui-même avocat. Je ne pensais pas que je pourrais ainsi apprécier un polar judiciaire, mais j’ai réellement pris goût à celui-ci du début à la fin. Sachant que c’est ici le premier roman de l’auteur, je lui tire mon chapeau et j’en redemande ! |
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