LE DECHRONOLOGUE

BEAUVERGER, Stéphane

Science-Fiction

Gallimard , Folio SF, 2011, 558 pages

:) :) :) :) UNE BORDEE DE TEMPS - critique complète

Couverture
Couverture du livre: LE DECHRONOLOGUE

Ils sont rares les livres qui arrivent à vous captiver dès les premières pages et vous confortent dans votre idée que vous ne le lâcherez plus jusqu’à la fin. C’est que les ingrédients de cette aventure sont maîtrisés  à la perfection par Stéphane Beauverger. D’abord, il y a tout l’apport de l’histoire de la flibusterie dans les Caraïbes durant le 17ième siècle, époque tourmentée qui voyait s’affronter les navires français, anglais et ceux de la puissante marine royale espagnole. Le capitaine Henri Villon , représentant truculent de la France, sillonne ces mers avec détermination, sans peur mais pas sans reproches, à bord de son vaisseau à bord duquel un équipage aussi dévoué que pittoresque encaisse les revers et profite des meilleures fortunes. Un  menace permanente hante ces eaux, le terrible capitaine Mendoza, précédé d’une réputation à faire fuir les plus poltrons : excellent navigateur, officier impitoyable, cruel geôlier, insensible à la souffrance des opposants à la couronne d’Espagne. Un loup des mers qu’une aura quasi surnaturelle précède, tant son habileté à localiser et à mettre hors d’état de nuire les navires ennemis est grande. Les interrogations le concernant semblent tout à coup futiles quand Villon et son équipage sont confrontés à l’inconcevable, une somme de puissance qu’ils ne peuvent comprendre. Ce coin de planète semble soudain livré à des phénomènes incompréhensibles : des tempêtes aussi soudaines que dévastatrices, d’étranges sphères qui flottent dans l’air. Ensuite, des objets inconnus font irruption. Tous les chassent, les troquent, finissent par en faire commerce. Des hommes étranges interfèrent avec les évènements et vont radicalement transformer la vie de Villon et la tranquillité des îles Caraïbes. Je n’irai pas plus loin. Mais sachez que ce qui vous attend au détour de ces pages n’a pas fini de vous illuminer le cerveau … De prime abord, mélanger flibusterie et science-fiction, ce n’était pas gagné d’avance. Mais Beauverger nous immerge tellement bien dans l’univers maritime du 17ième qu’on se laisse emporter par sa verve. Il décrit à la perfection la vie à bord de ces fiers vaisseaux, les liens étranges qui unissent les équipages, les codes qui régissent la flibusterie, la majesté des lieux visités, les dangers de la navigation sur ces eaux impitoyables,  … Il utilise les tournures de langage des marins et des officiers, le sabir imagé de personnages improbables (Fèfè de Dieppe, inénarrable), la gouaille insulaire locale, avec,  pour résultat des séquences de dialogues irrésistibles.  Impeccablement documentée (les références sont données en fin de volume), cette partie du récit n’est pas la moins intéressante, que du contraire. On repense même avec émotion à tous ces romans d’aventure que beaucoup d’adolescents ont dû dévorer un jour ou l’autre. J’en étais … C’est dans cet univers foisonnant que des dérèglements temporels sont introduits, bousculant la logique, donnant lieu à des situations improbables. Pour corser le tout, l’auteur empile ses chapitres sans logique temporelle, faisant des va-et-vient entre 1640 et 1655, profitant de ce joyeux capharnaüm pour rebondir sur des flashbacks et introduire un peu de plus de dégradation temporelle à chaque nouvel éclairage de l’histoire. C’est énorme ! Et ça fonctionne à la perfection !

Le résultat est un fantastique roman de SF, d’une richesse incroyable et sans l’ombre d’une faiblesse. J’avoue avoir plusieurs fois pensé que Stéphane Beauverger est l’alter ego francophone de Dan Simmons. Et j’avoue ne pas comprendre comment ce livre n’a pas fait plus de tapage. Car, malgré les nombreux prix décrochés par son auteur après la première parution en 2009, c’est un concours de circonstances (Critique dithyrambique durant l’émission littéraire Mille Feuilles de la télé belge, L’écran fantastique) qui me l’a fait découvrir lors de la sortie de cette réédition. Si un jour je devais faire une sélection d’île déserte (du côté des Caraïbes, l’île), il serait du voyage à tous les coups. Le Déchronologue est désormais un grand classique de la science-fiction à côté duquel vous auriez tort de passer !

Alain Quaniers

Commentaires

J'avais également personnellement adoré ce roman!

Julien "Naufragés Volontaires" il y a 7 mois

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