LES FABLES DE L'HUMPUR
BORDAGE, Pierre
Science-Fiction
Au diable Vauvert (Vauvert), 2010, 573 pages, 23 €
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Le pays de la Dorgne est maintenant peuplé d’êtres mi-hommes, mi-animaux. Ainsi, les populations agricoles sont composées entre autres de Grognes (mi-hommes mi-cochons) et de Bêles (mi-hommes mi-moutons). D’autre part, les clans de prédateurs (Hurles, Ronges, Miaules et autres Siffles) règnent sur les différentes régions, et se nourrissent des communautés agricoles avoisinantes. Les Hurles (mi-hommes mi-loups) sont maîtres à Luprat et les plus redoutés des prédateurs. Véhir est un Grogne de la communauté de Manac, très réputée pour sa viande. Cette nuit, Véhir deviendra un homme, un vrai Vaïrat, car pour la première fois il pourra entrer dans l’enclos de fécondité et prendre autant de Troïas, de femelles, qu’il le souhaitera. Mais Véhir n’est pas comme les autres Grognes, Véhir n’a qu’une seule Troïa en tête. Alors quand l’enclos de fécondité s’ouvre devant lui, Véhir comprend rapidement que sa Troïa ne sera pas sienne. Pris de panique par les pensées d’« individule » qui l’envahissent, Véhir s’échappe de l’enclos et part loin de la communauté de Manac, seul dans les bois. L’individualisme est un des tabous de l’Humpur, c’est-à-dire qu’il est fortement interdit de faire preuve d’un tel comportement. Un autre tabou, majeur celui-là, concerne le mélange entre clans. Il est inconcevable que deux êtres de clans différents puissent s’accoupler. Peu à peu, le retour à l’animalité se rapproche. Et pour preuve, le langage de tous ces semis animaux est de plus en plus basique, ils ne connaissent plus ni l’alphabet ni le calcul, et au fil des générations, la morphologie change, les doigts comptent moins de phalanges, les orteils disparaissent… Tout ce qu’il y a d’humain en ces êtres disparaît progressivement. Pour tous les peuples de la Dorgne, les Humains sont des Dieux qu’il serait fâcheux de contredire en bravant un des tabous de l’Humpur. Notre ami Véhir rencontrera Tia (une Hurle). Bien que fondamentalement opposés, ils sont bien décidés à en savoir plus sur ces prétendus Dieux et démarrent alors un long périple qui devra les conduire dans le Grand Centre, où, selon les rumeurs, ils devraient retrouver les derniers vestiges d’Humains. Pierre Bordage plonge le lecteur dans un univers avec lequel j’étais persuadée de ne pas accrocher, tant les personnages et leurs coutumes me semblaient répugnants. J’étais submergée par tout ce vocabulaire incompréhensible. Et pourtant, je me suis vite ravisée. Le vocabulaire m’est vite apparu très clair, et même très familier (peut-être parce qu’il m’a semblé que certains mots ressemblaient beaucoup à notre wallon). Je me suis attachée à Véhir comme je n’aurais jamais pu le soupçonner. Et bientôt, je ne pensais qu’à une chose, remonter dans le train pour lire la suite de ce roman splendide. « Les Fables de l’Humpur » est bel et bien un roman de science-fiction, mais cela ne sautera pas aux yeux du lecteur avant la fin du roman. En effet, pendant toute la première partie, cela ressemble plus à un décor de Fantasy, avec des communautés de seigneurs et de serfs et le langage assez moyenâgeux des personnages. Puis, on plonge dans le roman d’aventure, avec les multitudes de rebondissements que connaissent nos héros au cours de leur voyage. Et enfin, ce livre est très romanesque, c’est une ode à l’amour. De quoi ravir bien des styles de lecteurs. Effectivement, « Les Fables de l’Humpur » est un roman empli de valeurs : amour, justice, tolérance… Et je l’ai aimé pour tous ces aspects. Mais je l’ai surtout aimé pour sa façon implicite de dénoncer le racisme et la manipulation des croyants par leurs religions et superstitions. Je pourrais vous énoncer toutes les autres raisons pour lesquelles j’avais l’impression d’être téléportée dans le pays de la Dorgne à chaque fois que je lisais les pages de Bordage, mais il me semble que j’écrirais alors pour rien. Vous devez le lire pour comprendre comment un tel réalisme a été possible à partir d’un décor complètement surréaliste. J’ai beau chercher pour étoffer cette critique, je ne trouve rien à redire sur « Les Fables de l’Humpur », un roman sans fausse note, que je conseille à tous les lecteurs de l’imaginaire ! |
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